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Claudine Douville

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Aventure au Groenland. L'expédition, dernière partie.

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Claudine Douville Catégorie : Plein Air Mots-clés : expédition groenland
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Après avoir retrouvé avec bonheur les quartiers qui nous avaient semblé si austères lors de notre première nuit, nous avons bien dormi, plusieurs récupérant du peu d’heures de sommeil de la veille. Au matin, le calme était revenu sur le pays et un ciel bleu magnifique surplombait la neige éclatante de blancheur. Aujourd’hui, nous allions assister à une chasse au phoque.

Après un petit déjeuner frugal, nous remontons sur nos traîneaux respectifs et nous dirigeons de l’autre côté du fjord, rejoindre la mer ouverte. Tout au long de cette journée, nos yeux ne seront pas assez grands pour apprécier toute l’immensité du paysage. Nous avions vu, de loin, quelques icebergs captifs des glaces de la banquise, mais là c’était un tout autre spectacle qui nous attendait. Voir ces géants flotter librement sur des eaux étonnamment calmes était à couper le souffle. Littéralement. Nous ne nous lassions pas de contempler ces montagnes de glace majestueuses, parfaitement réfléchies par la mer qui leur offrait un miroir unique. Et loin d’être des œuvres lisses et sans relief, les icebergs ont chacun leur propre originalité, certains dans la forme, d’autres dans les couleurs. Ils ne sont pas d’un blanc uniforme, comme on pourrait le croire, mais déclinent sur plusieurs tons, le bleu qu’ils volent au ciel et à la mer. Certaines craquelures semblent peintes à la main tant le turquoise qui les souligne est intense. Et la trace qu’elles laissent est si droite qu’on a peine à croire que ce n’est pas là l’œuvre d’un arpenteur ou d’un architecte.

Mais devant ces géants imperturbables, se déroule la chasse aux phoques à laquelle nous assistons. Les mushers sont équipés de carabines de calibre .22 à lunette. Ils s’installent à plat ventre sur la neige et fouillent la surface de l’eau du regard. Une petite tête est aperçue au loin et l’excitation monte dans les rangs des chasseurs. Ils sont plusieurs à tenter leur chance. Le phoque, effrayé par une balle qui effleure la surface de l’eau non loin de lui, plonge sous l’eau. Nous croyons tous qu’il s’est échappé quand nous le voyons réapparaitre à quelques mètres de là. Cette fois-ci, il n’échappera pas au tir précis de l’un des chasseurs. On le voir faire un soubresaut lors de l’impact, puis flotter immobile. Sur la banquise, on déclenche le branle-bas. Une petite chaloupe est mise à l’eau, et le chasseur qui a tué le phoque va le repêcher. Il le ramène en liant une corde à sa queue et en le traînant sur l’eau.

En peu de temps, le phoque est dépecé, et sa viande, une viande foncée presque noire, protégée par une épaisse couche de gras, est découpée en morceaux. Les mushers en font bouillir une petite portion qu’ils nous offrent à goûter. Ce n’est pas mauvais, mais un peu étrange. Imaginez une viande de gibier qui aurait un goût de poisson… La chasse se poursuivra encore longtemps, et quelques trophées de plus s’ajouteront au premier. Chaque phoque pourra nourrir une famille pendant quelque temps. Puis, nous rentrons au refuge, bien qu’il soit difficile pour les chasseurs de résister à la vue d’un phoque qui patauge dans l’eau. Ce qui nous vaudra quelques arrêts supplémentaires.

Le lendemain nous partons vers Fort Tobin que nous dépasserons pour atteindre un autre refuge, cette fois-ci directement aux abords de la banquise. Encore une fois, ce désert blanc est magnifique. Deux petites cabanes nous accueillent, l’une inutilisable parce que la neige y a forcé le passage. Nous chauffons le poêle de la seconde et y déposons nos sacs. Nous explorons les alentours et retenons notre souffle devant des traces de patte d’ours bien visibles, non loin de notre refuge. L’un des mushers s’agite et s’excite. Il sent la présence de la bête sur la banquise. Armé de jumelles, il scrute sans cesse l’horizon, jusqu’à ce qu’il laisse échapper un cri de triomphe : « nanoq! ». L’ours polaire est là-bas, déambulant paresseusement sur la glace irrégulière. Excités à notre tour, nous cherchons fébrilement à voir cet ours dont nous espérions tellement la présence. Mais pour nos yeux non avertis, ce n’est pas facile de trouver un ours blanc, dans un décor blanc. Finalement, certains le voient, dont moi. Et là on explique aux autres comment le repérer jusqu’à ce que tous puissent le contempler. Il est magnifique, émouvant dans sa solitude de grand seigneur de la banquise. Je réussis à le prendre en photo grâce au zoom que je traîne laborieusement depuis le début de l’expédition. Mais cette photo justifie à elle seule les inconvénients du transport de la lentille!


Cependant, il aurait mieux valu pour l’ours que nous ne le voyions pas. L’un des mushers s’est empressé de signaler sa présence aux chasseurs de Fort Tobin et nous avons appris un peu plus tard qu’il avait été tué. Cela nous a évidemment remplis de tristesse. Mais devant notre peine, l’un des mushers nous a dit : « il faut nourrir notre famille ». On ne perdra rien en effet de la bête abattue. La viande est partagée entre plusieurs chasseurs, la meilleure pièce étant réservée à celui qui l’a tué, la peau est récupérée et les os donnés aux chiens. L’ours polaire est sur la liste des animaux protégés, ce qui fait que chaque région du Groenland a son quota pour une année. Dans la région d’Ittoqqortoormiit, ils ont droit à 35 par année. Un garde-chasse compile minutieusement les prises et on nous assure que le 36e n’est jamais tué, les amendes qui y seraient liées sont très sévères. On m’a rapporté une anecdote savoureuse. Une fois le quota atteint, un ours est allé se balader aux abords d’une maison. Le propriétaire en est sorti, armé de casseroles pour faire du bruit et chasser l’intrus, il n’avait pas le droit de prendre sa carabine pour le tuer. Nous sommes donc assurés de ne pas voir d’ours polaires flâner dans les rues de Montréal par les temps qui courent…

Le coucher de soleil est magnifique. Le paysage, nimbé de teintes pastel, prend une douceur qu’il est loin d’avoir lorsque le vent souffle avec agressivité. Je me lèverai au cœur de la nuit pour tenter de voir une aurore boréale, mais même à 2h30 du matin, l’obscurité est loin d’être épaisse. À l’ouest, le soleil éclaire encore le ciel, comme un enfant qui refuse de se coucher. Nous sommes trop tard dans la saison pour voir des aurores boréales. À cette période de l’année, le Groenland gagne 45 minutes d’ensoleillement par semaine, jusqu’à ce que le soleil fasse la fête 24h heures par jour. Même si j’ai vu bien souvent des aurores boréales spectaculaires au Québec, il me faudra retourner pour celles du Groenland…

Une dernière surprise nous attendait le lendemain, avant le retour à Ittoqqortoormiit. Nous passons par une source thermale dont les eaux chaudes percent la croûte de glace et glissent entre les roches en laissant échapper un nuage de vapeur. C’est assez étonnant de voir ce spectacle et surtout d’un sentir la chaleur dans un environnement aussi glacial. Mais nous résisterons à l’envie d’un mettre les pieds…

Le retour au gîte se fait dans l’euphorie. Retrouver le confort du monde moderne, et surtout d’une salle de bain équipée, nous fait apprécier à sa juste valeur ce que nous prenons pour acquis dans la vie de tous les jours! Nous nous concocterons un souper délicieux, arrosé d’une bouteille de vin achetée au supermarché, pour fêter la fin de cette expédition. Le lendemain, alors que nous survolerons la région lors du retour en hélicoptère vers l’aéroport, nous ne verrons plus du même œil le paysage qui s’étend sous nos yeux. Nous savons maintenant que le Groenland est un pays aux visages multiples. Il peut être terriblement inhospitalier lors que le vent souffle et que la tempête gronde. Il peut vous faire sentir qu’il a droit de vie et de mort sur vous, si vous ne suivez pas ses règles impitoyables. Mais il peut aussi vous ouvrir son cœur et vous séduire avec ses ciels incomparables, la virginité de ses paysages et la majesté de sa banquise. Un pays de contrastes, certes, mais un pays froid au coeur chaud. Un pays à découvrir.

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vincent fontaine a dit...

payasage à coupé le souffle.

Francois Drolet a dit...

wow!!! Merci de nous avoir fait partager votre voyage, nous avons l'impression d'y avoit été aussi(avec le froid en moins hihi),très belles photos,merci encore, ça m'a fais du bien de vous lire!!!

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