Pour en finir avec le repêchage rétroactif… (1ère partie : Pac-Man Fever !)
Un des lieux communs les plus nauséabonds de ces derniers mois, qui revient nous hanter avec une insistance redoublée avec les insuccès de l’équipe, veut que notre équipe de dépistage, avec à sa tête le ci-devant génial Trevor Timmins, soit composée d’incapables même pas fichus de choisir des joueurs dignes d’évoluer dans la Ligue Nationale. « À écouter nombre d’observateurs soi-disant avertis», écrivait déjà Martin Leclerc de RueFrontenac.com en avril dernier, «Trevor Timmins serait un incompétent de la pire espèce. Un boulet qui tire l’organisation par le fond. » (La supposée incompétence de Trevor Timmins, au http://ruefrontenac.com/mleclerc/4133-martin-leclerc-timmins). On donne volontiers en exemple les « échecs » que représentent Andrei Kostitsyn, Guillaume Latendresse, Matt d’Agostini ou Max Pacioretty, voire Carey Price, en les comparant aux Getzlaf, Carter, Kopitar et autres Richards qui auraient ainsi bêtement passé sous le nez congestionné des recruteurs de la Flanelle. Cet agaçant cliché mérite d’être examiné pour ce qu’il vaut.
Comprenez-moi bien: je ne suis pas un défenseur inconditionnel du personnel hockey du CH, loin s’en faut, et je n’irais pas jusqu’à suggérer, comme le faisait Leclerc, que « Timmins est peut-être le meilleur de sa spécialité ». Mais il faut avouer que le vouer aveuglément aux gémonies est un mauvais procès, fondé sur un argumentaire souvent biaisé. Dans la foulée, on éclabousse aussi des joueurs qui « déçoivent » ou « performent en deçà des attentes », sans penser à faire un parallèle avec leurs semblables plutôt qu’avec les exceptions d’élite.
Prenons par exemple le cas de Max Pacioretty, dont le rendement actuel n’a rien d’étincelant. D’aucuns le consignent donc au rôle d’éternel joueur de quatrième trio, en déplorant « qu’on nous l’ait vendu comme une vedette ». Ils ont peut-être raison (je ne prétends pas discerner l’avenir mieux qu’eux). Je soutiens néanmoins qu’il est quand même un peu tôt pour se prononcer.
Il y a deux ans, Pacioretty, qu’on voyait comme un futur « power forward », entamait sa première saison universitaire (comme le fait cette année Louis Leblanc). S’il avait continué sur cette voie (comme Ryan McDonagh, par exemple.. mais ça, c’est une autre histoire), son séjour au _college _ne serait même pas encore complété. Or, c’est la direction du Canadien qui a jugé bon de lui faire signer prématurément un contrat professionnel, comme elle l’avait fait auparavant avec Guillaume Latendresse, et ce pour la même raison : le manque criant de présence au physique au sein de l’équipe, critère qui avait justement pesé lourd (!) lors de la sélection de Pacioretty au 22e rang en 2007.
Or, un grand total de +trois +joueurs de sa cuvée repêchés après lui ont à ce jour disputé plus de matchs dans la LNH : Oskar Moller et Wayne Simmonds, deux espoirs des Kings de Los Angeles (une équipe en reconstruction ayant opéré un virage jeunesse), et un certain… David Perron !
Ah, David Perron !
Laissant de côté les arguments qui auraient milité en faveur ou à l’encontre du choix de Perron (il est québécois, c’est une tête de cochon, etc…), il faut reconnaître que celui-ci représente le bijou, la révélation de cette première ronde 2007, même avant le 1er choix Patrick Kane ou encore Jakub Voracek (7e), dont les succès étaient attendus. Maintes équipes dont on vante les mérites aujourd’hui (dont Pittsburgh, Philadelphie, Boston ou San Jose) ont commis la même «erreur» d’évaluation : Edmonton a levé le nez sur lui trois fois (lui préférant Sam Gagner, Alex Plante et Riley Nash), et même St-Louis lui a préféré, au 11e rang, l’attaquant suédois Lars Eller et au 18e, le défenseur Ian Cole.
Comment peut-on affirmer péremptoirement que le développement de Pacioretty est un échec lorsqu’on considère ses contemporains de premier tour : qui de Zach Hamill (Boston), Logan Couture et Nick Petrecki (San Jose), Jim O’Brien (Ottawa) ou Brendan Smith (Detroit) exerce à ce jour un impact remarquable sur son équipe ? Selon ce qu’on peut constater, le talent de Pacioretty est-il significativement inférieur à celui de Brandon Sutter (Caroline), Colton Gillies (Minnesota) ou Kevin Shattenkirk (Colorado) ? Le prometteur centre Mikael Backlund (Calgary, 24e) évolue encore avec le Heat d’Abbotsford, et même l’ailier James van Riemsdyck, étiqueté vedette en devenir et sur lequel Philadelphie a jeté son dévolu au 2e rang, vient de faire ses débuts dans la LNH. Quant au favori de Wayne Gretzky, Kyle Turris, choisi 3e par Phoenix, il a été rétrogradé il y a quelques semaines dans la Ligue Américaine.
Il ne faut pas non plus négliger que ce repêchage soi-disant raté a aussi produit Ryan McDonagh sacrifié pour permettre l’acquisition de Scott Gomez), P.K. Subban (oui, oui, le P.K. Subban !), Yannick Weber (au 73e rang) et Andrew Conboy, dont on a apprécié les prouesses pugilistiques au dernier camp d’entraînement.
Si Max Pacioretty déçoit cette année, ce n’est pas parce qu’il est à la traîne par rapport aux autres joueurs de la promotion 2007, mais bien parce que sa performance de l’an passé était supérieure à celle dont on pouvait s’attendre d’un joueur ayant atteint son stade de développement. On avait investi en lui, comme en Carey Price, des espoirs fondés sur ses aptitudes et son potentiel, et non une absence de talent comme on se plaît à le prétendre. Or le propre de la jeunesse étant généralement l’inconstance et l’irrégularité dans la performance, les hauts et les bas auxquels nous sommes forcés d’assister aujourd’hui sont les mêmes que ceux qui affligent bien d’autres, mais le malheur de Max est que sa crise de croissance (les growing pains de ses compatriotes américains) se déroulent sous les implacables projecteurs de Montréal plutôt que dans le douillet anonymat des affiches de Tim Horton à Hamilton…
Alexandre Dionne a dit...
En fin quelqu'un qui voit clair. Le dévloppement d'un jeunes ne se fait pas sur deux ou trois ans. Un gars comme Pacioretty qui sort de la NCAA et qui se retrouve presque immédiatement dans la LNH aura beaucoup plus de difficultés qu'un joueurs avec un développement un peu plus normal (junior-AHL-NHL). S'il est avec le club c'est pratiquement pas défaut, car le manque de profondeur fait qu'on a besoin de lui maintenant.Gabriel Fréchette a dit...
Et j'ajouterais même que, plusieurs équipes sont passées par-dessus leur besoin évident d'un gros centre. Chicago (leur meilleur était Tyler Arnason, ils ont repêché Jack Skille à la place.), San Jose (sans Joe Thornton, ils y ont été avec Devin Setoguchi), Ottawa (Spezza commençait à connaître son éclosion, ils ont choisi Brian Lee), Colombus (qui manquait toujours un centre pour jouer avec Nash, ils ont repêché Gilbert Brulé). Seuls les Canucks ont probablement repêché pour leur besoin évident avec Luc Bourdon alors qu'ils misaient déjà sur Morrison et Sedin aux postes de premiers centres.Gabriel Fréchette a dit...
@fanalyste. Voici ce que j'avais écrit sur un autre billet.Toutefois, le Canadien misait déjà sur Koivu, Ribeiro et Bonk au centre. Y avait-il un besoin pressant? Je n'en suis pas si sûr. Koivu était encore plutôt apprécié, Ribeiro avait connu une saison précédente extraordinaire et Bonk arrivait en ville fort de quelques bonnes saisons à Ottawa. Le besoin à court terme d'un joueur de centre n'était pas utile. Quel genre de joueur se développe sur une plus longue période? Un gardien. C'est là, selon moi, ce qui explique le choix de Carey Price. Et il ne faut pas oublier que Théo connaissait déjà des hauts et des bas.
fanalyste a dit...
Je ne sais pas si tu as lu le billet suivant de Mathias Brunet : http://blogues.cyberpresse.ca/lnh/?p=1665Depuis que je l'ai lu, je donne encore davantage le bénéfice du doute à Trevor Timmins.
Je ne sais pas si tu prépares un billet sur le fameux repêchage de Carey Price, mais j'aimerais savoir ce que tu penses de la question suivante : Price a beau avoir un talent brut incroyable... répondait-il vraiment aux besoins du Canadien? Alors que le CH avait besoin d'un centre et était, à l'époque, bien pourvu en gardiens, aurait-il été si grave de le laisser passer? J'ai l'impression que Timmins et Gainey ont tellement été éblouis de ce « joyau » qu'ils en ont oublié que les besoins les plus criants de l'équipe étaient ailleurs.
Jean-François GAREAU a dit...
@ Gabriel "Art-Peur"Tu as parfaitement raison, j'avais oublié le cas d'Angelo Esposito, un espoir que Pittsburgh a laissé aller dans la transaction Hossa !
Il est impossible d'affirmer que Pacioretty est 'meilleur' qu'Esposito ou connaîtra une plus belle carrière (l'avenir le dira), mais du point de vue du rythme de progrès, l'avantage va au Pac-Man.
Toutefois, je trouve que pour ce qui est du développement, il y a un réel problème, même si Bob semble avoir colmaté quelque peu la brèche en faisant appel à Guy Boucher. J'espère avoir l'occasion d'y revenir prochainement !
Gabriel Fréchette a dit...
Après tout, si on doit suggérer le fait que Kostitsyn était une déception pour le repêchage de 2003, quand était-il pour ces joueurs-ci?Nathan Horton, 3e rang, Floride.
Hugh Jessiman, 12e rang, N-Y Rangers.
Robert Nilsson, 15e rang, N-Y Islanders.
Eric Fehr, 18e rang, Washington.
Marc-Antoine Pouliot, 22e rang, Edmonton.
Anthony Stewart, 24e rang, Floride.
Jeff Tambellini, 25e rang, Los Angeles. (maintenant à NYI)
Brian Boyle, 26e rang, Los Angeles. (maintenant à NYR)
Shawn Belle, 30e rang, St. Louis. (maintenant à Hamilton)
Si on considère le rendement offensif de Kostitsyn, il est bien plus supérieur à plusieurs des joueurs présents dans ce repêchage. En plus, il faudrait aussi considérer le nombre de parties jouées d'Andrei (206), qui est très inférieur aux Brown (370), Carter (323), Richards (306), Burns (346), Parise (344), Seabrook (331), Kesler (341), etc. Est-ce que Andrei va s'améliorer avec le temps?
Gabriel Fréchette a dit...
(Oh et maintenant que j'y pense et pour appuyer ton billet.)Plusieurs critiquent les choix de Timmins. Or, il n'est pas le seul de son organisation. Ils prennent assurément une décision éclairée suite aux nombreux matchs vus par leurs dépisteurs et les différentes entrevues réalisées avant le repêchage.
Mais, si on se fie au site internet Hockey's Future, le Canadien a longtemps été présent dans le Top 10 des organisations pour la qualité du repêchage et des jeunes prospects de l'Organisation. Peut-on réellement parler de manque de profondeur ou de faiblesse de repêchage? Surtout lorsqu'on considère que les Blues ont longtemps repêché dans les premiers rangs, mais que le Canadien démontrait de meilleurs rendements...
Gabriel Fréchette a dit...
Tu oublies Esposito! Ce gars-là aurait tellement bien paru dans l'uniforme du Canadien. Tu sais, le genre de québécois qui a une fierté à porter le chandail du CH.Okay, je divague... Non, mais sérieusement. Les médias nous vantaient tellement Esposito et criaient au meurtre pour ne pas avoir repêché ce jeune-là. Et depuis, il est pas mal devenu invisible... Entre Pacioretty et Esposito, le choix semble évident maintenant.
Enfin, bel article!

