Saturation médiatique (Mario Dumont/Carey Price)
« Parlez-en bien... parlez-en mal... mais parlez-en », entend-on souvent dans le milieu de la publicité. Ce dicton est revenu récemment lors du débat entourant la publicité d’Octane mettant en vedette Georges Laraque. Malheureusement, en relations publiques, il arrive qu’entre le « parlez-en bien » et le « parlez-en mal », il y a le « parlez-en trop ». Celui-ci finit invariablement par se retourner contre l’objet d’une telle attention médiatique.
Peu de gens se souviennent que Mario Dumont n’a pas été le premier chef de l’Action démocratique du Québec. Le chef fondateur est en fait Jean Allaire, qui vient de refaire surface dans les nouvelles à l’occasion de la publication du mémoire préparé par le groupe de réflexion Avenir Québec, dont il est la figure de proue. En 1994, quelques mois à peine après la fondation de l’ADQ, M. Allaire, victime de problèmes de santé graves, a dû laisser la place au jeune Mario Dumont. Âgé de 24 ans, l’ex-président de l’aile jeunesse du Parti libéral du Québec s’était déjà fait connaître par sa rébellion contre son chef Robert Bourassa. L’année même de sa nomination en tant que chef, M. Dumont se fait élire dans la circonscription de Rivière-du-Loup, qu’il gardera jusqu’à son départ en 2009.
Doué et frondeur, Mario Dumont s’est rapidement fait connaître de la population québécoise, notamment lors du débat des chefs en 1998. Cette popularité fut à la fois la plus grande force et la plus grande faiblesse du parti. Tout le monde connaissait Mario Dumont, mais personne ne connaissait son parti, au point où la formation politique fit changer son nom pour « Action démocratique du Québec – Équipe Mario Dumont » auprès du Directeur général des élections afin que ses partisans sachent quelle case cocher sur le bulletin de vote.
Pendant les années qui ont suivi, l’ADQ fut enfermée dans un cercle vicieux : la population ne connaissait pas l’équipe parce que les médias ne s’intéressaient qu’à Mario Dumont, et les médias ne s’intéressaient qu’à Mario Dumont parce que l’équipe n’était pas connue. Les stratèges des autres partis firent leurs choux gras de cette situation : « L’ADQ est le parti d’un seul homme », répétèrent-ils jusqu’à ce que cette opinion s’imprègne dans la population. Lors de la campagne électorale de 2008, les journalistes soulignèrent à M. Dumont son absence à la présentation des candidats adéquistes de la région de Québec. Le chef adéquiste leur a alors rappelé qu’eux-mêmes lui reprochaient de faire trop d’ombre à ses candidats. « Il faudrait vous brancher! » leur a-t-il lancé.
Malgré l’adhésion de Gilles Taillon, ancien président du Conseil du patronat (et maintenant chef), et l’émergence de quelques figures comme Sébastien Proulx et Éric Caire, M. Dumont et l’ADQ ne sont jamais parvenus à sortir de cette impasse. La déconfiture du parti tient à plusieurs causes, y compris ses propres lacunes, bien sûr; cependant, l’indifférence des médias envers tout ce qui ne s’appelait pas Mario Dumont y contribua certainement. Au bout du compte, le succès de Mario Dumont fut à la fois la meilleure locomotive et le pire boulet de l’ADQ.
Le Canadien semble pris dans la même impasse. Il ne connaît pas de succès parce qu’il n’a pas de joueur de la trempe de Sidney Crosby, Aleksandr Ovetchkine ou Vincent Lecavalier, mais il n’arrive pas à signer une telle vedette parce qu’il n’a pas suffisamment de succès.
Le Tricolore pensait pourtant avoir trouvé son « joueur de concession » en la personne de Carey Price. La popularité du jeune gardien de but fut moussée par une habile campagne marketing et médiatique, assortie de tee-shirts, d’affiches, d’entrevues avec de prestigieuses revues sportives, de « spins » bien menés auprès des médias, de surnoms astucieusement choisis : Le Sauveur, Jésus Price, le joyau de l’organisation, l’avenir du Canadien…
On connaît la suite. Une série de contre-performances, des photos juteuses et des rumeurs de fêtes nocturnes prolongées plongèrent le cerbère dans le cyclone médiatique. La machine à rumeurs s’emballa, ce qui a fait dire à M. Price après coup : « J’ai eu l’impression de me retrouver dans la peau de Britney Spears ». La comparaison était judicieuse : comme la vedette pop, le jeune gardien était devenu pour les journalistes un os à gruger.
Or, les médias ne lâchent jamais un os tant qu’il y a de la viande dessus. Pourquoi s’intéresser à autre chose puisqu’on a sous le nez de quoi occuper les ondes et faire vendre des journaux? C’est trop fatigant de s’intéresser à d’autres personnalités quand on a un Mario Dumont ou un Carey Price sous la main pour remplir des feuillets avec peu d’effort. On peut gloser sur la responsabilité personnelle du jeune homme, car il en a indéniablement une; mais la furie médiatique y a participé, tout comme l’avidité du service de marketing du Canadien, pressé de convertir la popularité de sa jeune vedette en espèces sonnantes et trébuchantes. Ce qui devait arriver arriva : à la dernière partie des séries 2009, la foule excédée hua le gardien, qui sortit de ses gonds et leva sarcastiquement les bras en guise de réponse. Un beau « pétage de plombs » mutuel, comme il en a lui-même convenu le lendemain devant les journalistes. Ironiquement, à la dernière campagne électorale de Mario Dumont, ses nerfs avaient également commencé à lâcher, comme en témoignent nombre de déclarations étranges qui avaient fait sourciller tant les journalistes que ses propres candidats.
N’eût été du grand ménage estival de Bob Gainey, ce cirque aurait sans doute continué pendant la saison actuelle. Heureusement pour Carey Price, l’attention des médias a été détournée par l’arrivée des Gomez, Gionta, Cammalleri et compagnie. Mentionnons au crédit du jeune cerbère qu’il profité de l’été pour se refaire une santé et tirer des leçons de son amère expérience. Gageons que le service de marketing du Canadien, de son côté, n’a strictement rien appris et refera la même erreur avec son prochain « joueur de concession ». Quelqu’un a-t-il chuchoté le nom de Louis Leblanc?
- La surexposition médiatique de Carey Price, qui l’a rendu vulnérable aux incidents médiatiques ( « accident-prone », diraient les anglophones), aura également des effets sur ce blogue. En effet, le jeune gardien a fourni beaucoup de matière à comparaison avec divers incidents du monde politique. Cependant, j’essaierai de ne pas l’utiliser trop souvent comme exemple, et je ferai de mon mieux pour conserver une position critique, mais courtoise.
- En politique, la règle veut que l’on déclare publiquement tout intérêt personnel qui puisse causer un conflit avec les responsabilités liées au poste que l’on occupe. À titre de blogueuse et afin de respecter le principe de transparence, je révèle donc que mon joueur préféré est Jaroslav Halák. Veuillez noter, par contre, que j’aime bien Carey Price lui-même, malgré le manque total de subtilité de l’opération marketing montée autour de sa personne par l’organisation des Canadiens. J’en profite pour saluer tous les fans de Price et de Halák qui respectent les deux gardiens et qui prennent soin de défendre leur cerbère favori autrement qu’en vomissant à grands torrents sur l’autre.
- Je dois me procurer le livre de Bob Sirois, Le Québec mis en échec, et le lire avant de vous en parler. Je conseille aux internautes d’en faire autant avant de descendre M. Sirois en flammes. Jusqu’à maintenant, les réactions que j’ai lues en ligne sont en grande majorité du fiel qui témoigne non pas d’une ouverture envers les non-Québécois, mais d’une haine de nous-mêmes en tant que collectivité, d’une auto-flagellation puritaine démente en phase avec le « Québec bashing » ambiant qui domine ce débat. C’est vrai qu’à en juger par l’orthographe douteuse d’une part importante de ces commentaires haineux, un grand nombre de leurs auteurs semblent à peine capables de déchiffrer un article de journal jusqu’au bout, alors un livre au complet…
Je note cependant que François Gagnon, au premier entracte de la partie contre les Thrashers d’Atlanta, a été capable de faire une critique argumentée et posée du livre de M. Sirois. Merci à tous ceux qui suivent son exemple et font l’effort de critiquer ce livre de façon respectueuse.
- Enfin, j’en profite pour témoigner ma sympathie à Mélanie-Claude Bazinet, alias Miss Miller, qui a quitté L’Attaque à cinq cette semaine. J’espère qu’elle reprendra son blogue Le hockey pour les filles, qui m’a servi d’inspiration pour le lancement de Patinage hors glace.
fanalyste a dit...
@Luc Gélinas : bonne objection, mais je crois qu'il n'y a pas que la vedette qui soit importante, mais également la pertinence du fait raconté. Or, l'an passé (et encore un peu cette année), j'avais l'impression qu'on parlait de Price sur n'importe quoi simplement pour mettre son nom en manchette, un peu comme on met toujours les mêmes vedettes sur les couvertures des magazines à potins. Personnellement, j'aimerais bien mieux un reportage sur le travail particulier de Moen en infériorité numérique, par exemple, qu'un reportage sur la couleur des jambières de Price comme j'ai vu l'an passé. Par ailleurs, je ne dis pas que la faute en incombre nécessairement aux journalistes. La soif des fans pour les détails les plus insipides et la nécessité de fournir des nouvelles 24/7 compte pour beaucoup. D'ailleurs, je crois faire un billet sur les inconvénients de l'information continue.françois Céré a dit...
@Fanalyste : Très bon billet vous devriez peut-être prendre la place de monsieur Gélinas? (^.^)françois Céré a dit...
@Luc gélinas:Permettez moi de vous répondre aussi.
Le problème monsieur Gélinas c'est que les médias ont créés eux même cet engouement pour le sensationnalisme et les potins... La réalité est tout autre. Je crois en fait que c'est la lâcheté qui vous pousse à faire du faux journalisme et ces propos en sont la preuve. Un bon reportage sur le travail acharné des joueurs obscures du canadiens serait indubitablement plus intéressant que de voir une entrevue avec Scott Gomez lui demandant si oui ou non il se serait battu avec le jeune S.Kostytsyn! Et j'aimerais beaucoup plus regarder une entrevue avec Brian Gionta que de voir un journaliste s'acharner sur Laraque pour avoir des commentaires sur une certaines publicité. Donc oui! sa serait beaucoup plus intéressant les gens en ont raz le bol de vos conneries qui n'ont aucun rapport avec le hockey! vous êtes journalistes sportifs ou employer pour le magazine la semaine!?
Yves Pratte a dit...
"Or, les médias ne lâchent jamais un os tant qu’il y a de la viande dessus": ...et ils continuent même quand il ne reste plus le moindre lambeau, tout simplement parce que la demande est là: de Marilyn à Elvis,en passant par Lady Di, Michael Jackson ou Anna Nicole Smith, le public n'en a cure des détails sordides et en veut toujours plus. Dans le cas de Price, la "baloune médiatique" a été initiée par les faiseurs d'image du CH et il était inévitable qu'elle finisse par exploser au visage du principal intéressé.Luc Gélinas a dit...
J'aime bien ce parrallèle avec la politique mais une chose demeure, quand on fait notre travail, on s'attarde surtout sur les vedettes car ce sont elles qui permettent aux équipes de gagner des championnats, et ce, peu importe le sport. En polique, on veut savoir ce qu'en pensent les leaders, pas les députés qui se contentent de parader.C'est la rançon de la gloire ça Fanalyste. C'est pareil au hockey et le gardien se retrouve encore plus sous les projecteurs, comme le quart-arrière au football. Roy, Brodeur, Luongo, Hasek et plusieurs autres ont vécu le même genre de traitement. Y'a peut-être juste Grant Furh qui a passé incognito au sein d'une équipe championne!
Et je te pose une question en terminant. Si on axait la plupart de nos reportages sur les performances de Travis Moen ou Paul Mara...est-ce que ça serait plus intéressant?
Roland Laurendeau a dit...
@morpion :elle recommande aux gens de lire le livre avant de le critiquer, et elle ne critique pas elle-même le livre ; elle fait donc ce qu'elle dit. Elle porte un jugement sur les commentaires qu'elles a lus, ce qui est approprié, bien que je ne sois pas en accord avec ses conclusions.





