Patrick Leduc

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Le match de leur vie

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Il y a quelques semaines, lorsque j’ai confirmé les dates de mon déplacement au Brésil à Marc Dos Santos, il était entendu que je rejoindrais son équipe du Desportivo Brasil lors du troisième match de la phase de groupe de la Copa São Paulo. “Tu vas voir, le match contre Avaí va être important.” C’est avec cette phrase prémonitoire que Dos Santos avait mis la table pour une rencontre que je n’aurais pas supposée pouvoir comporter autant de drame.

D’abord, il faut savoir que la Copa São Paulo, c’est gros. Un événement éléphantesque tout à l’image de la ville qui lui sert d’hôte. Imaginez un tournoi junior comprenant une centaine des meilleures équipes du pays s’affrontant dans une formule semblable à celle de la Coupe du monde; une sorte de “Coupe Mémorial” du futebol auriverde. J’ai beau établir moi-même ce parallèle, je crains qu’il ne rende pas justice à l’ampleur du tournoi, mais que voulez-vous, on vulgarise comme on peut. La 44e édition de la Copinha – le surnom que donnent les Brésiliens à la compétition – compte 26 groupes de 4 équipes desquels seulement 32 formations se qualifieront pour les 16es-de-finale.


La préparation tactique pour le match contre Avaí

Pour le Desportivo Brasil, la tâche n’aurait pas dû être aussi ardue. Non pas que le groupe R, dont il fait partie, ne comprend pas des équipes de qualité. Peu de gros noms, certes, mais pas moins de talent pour autant. Pourtant, après une victoire assez aisée en ouverture face à l’América de Natal, les jeunes de Dos Santos se sont fait surprendre par une formation défaite à son premier match, l’Atlético Goianiense. C’est ainsi que l’on s’est retrouvé avec une quadruple égalité en tête du groupe après deux matchs disputés. Bref, la qualification pour le prochain tour allait être à l’enjeu de l’ultime rencontre entre le Desportivo et Avaí.

« La plupart des joueurs d’Avaí sont nés en 1993 », me raconte Dos Santos sur la route du match qui se dispute au Stade Rocco de Porto Feliz. « Mes joueurs sont surtout nés en 94 et en 95. » Car, non seulement le centre de formation où travaille Dos Santos se donne comme objectif de faire bonne figure dans des compétitions comme la Copinha, il vise aussi – et surtout – à vendre ses meilleurs joueurs à des clubs capables de payer le gros prix. En faisant jouer des plus jeunes, la victoire est probablement moins accessible, mais les espoirs obtiennent une visibilité plus tôt dans leur carrière, ce qui ne nuit pas aux chances de profit pour le groupe Traffic Sports.

« Sur le plan technique, mes joueurs sont supérieurs, mais si le match devient plutôt physique, on n’aura plus l’avantage. » Dos Santos s’inquiète de la piètre qualité du terrain au Stade Rocco qui ne favorise pas la circulation du ballon ni les dribbles de ses protégés. Et les nuages gris de s’amonceler sur Porto Feliz. « Janvier est le mois de la pluie au Brésil. » Ah, dis donc, moi qui croyait revenir à Montréal avec le teint basané…


Pluie battante, éclairs, tonnerre, terrain complètement inondé, etc. Tout ça étant au rendez-vous durant cet après-midi d’été en périphérie de São Paulo, j’ignore ce que ça aurait pris pour que le match soit reporté. Se peut-il qu’au Brésil, l’arbitre applique un autre livre de règles? Toujours est-il que le coup d’envoi a été donné en dépit des conditions périlleuses et que je me suis rapidement senti devenir une cible de choix pour la foudre dans la « loge exécutive » que j’occupais avec l’épouse et la fille de Dos Santos, un enclos consistant essentiellement d’un abri tempo en forme de gazebo situé au point le plus élevé du stade.

Aqua-futebol

Sur le terrain marécageux, autant les joueurs du Desportivo que ceux d’Avaí firent preuve d’une belle combativité dans ce match complètement gâché par le déluge. Mais il devenait clair aux yeux des courageux spectateurs encore présents en tribune, que les occasions de but allaient être extrêmement rares. Aussi, ceux sur le terrain s’étant le plus rapidement adaptés à cette forme d’aqua-soccer non loin du beach soccer trouvèrent le moyen de procurer un léger avantage à leur équipe. Après 86 minutes de jeu, la marque était pourtant toujours de 0-0. Et ni une ni l’autre des deux équipes n’obtenait ainsi sa qualification au tour suivant.

Surgi alors Cris, le défenseur central du Desportivo entré à la 75e minute dans un rôle inusité d’attaquant. Dos Santos le croyant capable de s’imposer de la tête dans les duels aériens, il lance le jeune Carioca – il est originaire de Rio – comme un chien dans un jeu de quille ou encore un phoque sur un Slip n’ Slide. Cependant, après une séquence rocambolesque comprenant plusieurs rebonds accidentels du ballon dans la surface d’Avaí, Cris place au fond des filets un plat du pied avec le calme désarmant de celui qui n’y pense pas à deux fois. C’est l’hystérie sur la pelouse sous-marine du stade Rocco et de sa zone technique, Dos Santos ne se gêne pas pour y aller de sa meilleure imitation du Special One.


Fin de match et joie du Desportivo Brasil

Après le match, dans les vestiaires, Cris prend la parole face à ses coéquipiers en pleurant. Pour celui qui ne devait pas jouer ce match à moins d’une blessure à un défenseur, le moment est particulièrement émouvant. Il adresse son discours à un autre joueur laissé de côté qui assistait à la rencontre depuis la tribune. Cris dit qu’il a tout donné ce qu’il pouvait pour l’équipe en l’honneur de ceux qui n’ont pas eu la chance de participer au match. Debout dans la chambre, tous les joueurs forment un cercle en se tenant les épaules. Ils entament une prière qui se termine par le cri de ralliement du Desportivo Brasil. Les joueurs partagent leurs émotions avec intensité. Le vestiaire des vainqueurs prend des allures spirituelles.

La victoire inespérée du Desportivo leur procure un billet pour un 16ème-de-finale fort attendu face à Palmeiras, club où militait Dos Santos dans la catégorie U15 avant d’être embauché par Traffic Sports. Le match aura lieu mardi ou mercredi en banlieue de São Paulo.

Avant de quitter le stade Rocco, l’arrière latéral droit du Desportivo révèle au groupe qu’il avait rêvé la veille qu’il se retrouvait avec son équipe dans le tunnel du stade Barueri aux côtés des joueurs vêtus de vert de Palmeiras. « Je ne savais pas comment ça allait se passer, mais l’important, c’est qu’on y est arrivé! »

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Joelle Cyr a dit...

Wow ça semble être une expérience inoubliable!

Est-ce qu'il y avait beaucoup de gens pour assister à la rencontre malgré la pluie?!

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