À la rencontre de la Torcida
Bien que le parcours du Desportivo Brasil à la Copa São Paulo ait pris fin plus tôt cette semaine, l’aventure est loin d’être terminée pour un amoureux du ballon rond en visite au pays auriverde. Il y aura bientôt matière à produire un épilogue à la cavalcade du Desportivo à cette Copinha, mais pour l’heure, un autre sujet m’appelle.
Pendant que l’Impact de Montréal repêchait les Blake Smith, Monge ou DelPiccolo, je dois admettre que mon corps et mon esprit étaient assez loin des tractations qui avaient cours entre les regroupements de tables à Indianapolis.
Les Brésiliens éprouvent une passion pour leur futebol qui est assez contagieuse. On pourrait penser que ce sentiment se compare à celui des Canadiens envers le hockey sur glace. Mais la ferveur et l’énergie qui animent mes différents interlocuteurs lorsque je les interroge sur le club qu’ils portent dans leur coeur, sur l’idole qui défend leurs couleurs ou sur les décisions de leur entraîneur… C’est complètement à un autre degré.
Bref, après avoir quitté Porto Feliz et la fabuleuse équipe du Desportivo Brasil – où j’espère pouvoir disputer un jour un match retour de futebol-7 contre l’équipe du village après une courte défaite à l’aller survenue en toute fin de rencontre – j’ai eu l’occasion de faire une rencontre avec un Pauliste pour qui tout ce qui concerne le ballon rond ne peut être associé qu’à une seule équipe, la Sociedad Esportiva Palmeiras
Rafael Rafa Scarlatti est Vice-Président de la Mancha Verde, le groupe ultra le plus important de Palmeiras. La Mancha compte plus de 16 000 membres en règle et représente selon Rafa « le meilleur groupe de supporters du pays toutes catégories » unis pour appuyer les Verde e Branco
Au Brésil, pratiquement chaque club professionnel possède une organisation de partisans appelée Torcida qui se charge de l’ambiance dans les tribunes. Plus qu’un simple fan club, les Torcidas les plus puissantes peuvent influencer les décisions techniques de leur club et semer la terreur chez l’adversaire tant sur le terrain que dans les sections du stade, sans parler des alentours!
La rencontre avec Rafa ne se fait pas sans que quelques « soldats » nous demandent ce que nous venons fabriquer au quartier général de la Mancha situé en périphérie du stade Palestra Italia actuellement fermé pour d’importantes rénovations. J’avais omis de mentionner que je suis accompagné dans cette incartade par Marc Dos Santos (mon fixer au Brésil) et son collègue d’origine serbe appelé Darko – nous venons en paix, mais je me compte tout de même chanceux de faire cette visite à trois plutôt que seul.
Malgré l’expression de dérangement que l’on pouvait lire sur le visage d’un de ses lieutenants parti à sa recherche, Rafa accepte généreusement de m’accorder une entrevue en dehors des locaux du groupe.
Rafa raconte qu’il est entré dans la Mancha il y a 23 ans après avoir vu plusieurs partisans pleurer à la suite d’une défaite de Palmeiras contre Internacional Limeira en 1986 Il porte d’ailleurs un tatouage faisant mention de l’événement sur la poitrine tandis que sur sa gorge est inscrite l’année de fondation du club. Dans la vie de tous les jours, Rafa est également tatoueur.
Petit sourire nerveux sur cette photo…

Le championnat de São Paulo débutant ce dimanche pour Palmeiras, je demande à mon hôte si la Mancha Verde est en plein préparatifs pour l’événement. Rafa acquiesce mais il avoue que la majeure partie de ses efforts ira à bien organiser le derby contre le rival pauliste de Corinthians en février. Les Aigles de la foi – Gavioes da Fiel – est le nom du groupe de supporters le plus nombreux à São Paulo. On estime qu’ils étaient environ 30 000 à avoir effectuer le déplacement pour le match de leur équipe face à Chelsea au Championnat du monde des clubs qui avait lieu… au Japon!
« Nous serons en 2e division du championnat brésilien cette année donc il n’y aura pas des masses de derbies cette saison. En plus, pour le match à Pacaembu contre Corinthians, nous serons visiteurs, ce qui nous laisse à peine 2000 places [dans une enceinte de 40 000]. » La rivalité est si intense entre ces clubs paulistes qu’elle donne souvent lieu à des débordements violents. Rafa n’hésite pas à jeter le blâme sur ses ennemis de Corinthians ou encore de Flamengo, le club le plus populaire basé à Rio. La Mancha estime que depuis sa fondation, autour de 80 membres du groupe ont perdu la vie durant des affrontements avec d’autres groupes de partisans…
Au-delà de cette sombre statistique, le groupe peut s’enorgueillir d’offrir des chorégraphies et des hymnes qui feraient l’envie de bien des groupes de supporters à travers le monde, à commencer par d’autres torcidas brésiliennes! J’aimerais remercier Rafa d’avoir pris le temps de nous parler. Je lui souhaite à lui et à toute la Mancha une remontée rapide en 1re division cette saison. Je vous laisse avec quelques images saisissantes trouvées sur YouTube. J’ai hâte de les voir à l’œuvre ce dimanche à Pacaembu.
Gaetan Dupont a dit...
Je suis un vrai amateur de "soccer" que depuis que l'Impact s'est joint à la MLS et, je ne souhaite pas que cette culture de partisanerie s'installe ici.J'aime également le rugby, si négligé au Canada, et j'aime le respect minimum que se vouent les partisans de différentes équipes.
Au rugby, durant la troisième demi, pas de claques sur la gueule.


