Comme le souvenir d’une performance marquante qui reste gravée dans la tête d’un combattant, la soirée du 30 avril 2011 risque, pour un paquet de raisons, de faire sa place de façon permanente dans ma mémoire.
En tout cas, je n’ai pas vraiment pris le temps de penser à autre chose (à part peut-être toi, Britney Palmer) depuis que je suis sorti du Rogers Centre très tôt dimanche matin.
J’ai assisté à une couple d’événements sportifs au cours des dernières années. J’ai fait partie de foules de plus de 110 000 personnes à des matchs de football universitaire. J’ai mis les pieds aux mythiques Lambeau Field, Wrigley Field, Yankee Stadium. J’étais au Centre Molson pour le retour au jeu de Saku Koivu après sa bataille contre le cancer.
J’ai même vu quelques matchs de l’Impact au Stade Saputo.
Mais pour l’instant, c’est le coup d’œil qui s’est offert à moi quand j’ai aperçu le décor que le UFC avait monté pour sa première visite à Toronto qui est le fond d’écran dans le petit ordinateur qui me sert de cerveau.

Il n’y a pas que le point de vue esthétique de la soirée qui m’a impressionné. Tout ce qui s’est passé dans l’octogone a été à la hauteur de ce qui attirait l’attention autour. Je vous offre ici mes impressions sur ce qui a précédé le combat entre Georges St-Pierre et Jake Shields. Dans quelques jours, je vous donnerai mes deux cents sur tout ce qui a été dit et écrit sur St-Pierre, sa performance et les défis qui l’attendent.
En attendant, je peux toujours vous proposer ce texte rédigé lundi après une petite discussion avec le toujours intéressant Firas Zahabi, l’entraîneur et grand ami de GSP.
1. Yves Jabouin avait la chance de gagner le premier combat de ce gala historique. Malheureusement pour lui, il a été le seul membre de l’équipe du Tristar Gym à revenir au Québec avec une défaite.
Jabouin concédait quelques pouces et probablement aussi quelques livres à Pablo Garza, mais s’il avait des complexes, il les a laissés à l’extérieur de l’octogone pour ses débuts avec le UFC. Une fois qu’il est parvenu à trouver sa distance, il a frappé fort avec un coup de pied à la tête, deux gros coups de pieds aux jambes qui ont envoyé Garza au sol et deux uppercuts qui ont touché la cible.
Tiger, comme on dit, était bien parti. Mais j’ai l’impression qu’il en a un peu trop mis pour épater la galerie quand Garza a anticipé son coup de pied renversé et l’a emprisonné dans un thai clinch, le ruant ensuite de coups de genoux avant de le surprendre avec un triangle volant.

« Je ne pense pas que Garza aurait été capable d’amener Yves au sol en luttant, a avancé Zahabi quand je lui ai parlé lundi. Il a pris un gros risque avec le triangle et il l’a eu. »
Zahabi a reçu de bonnes nouvelles concernant Jabouin. Même si ce dernier a perdu trois de ses quatre combats sous la bannière Zuffa, le UFC a promis à son équipe qu’il ne serait pas libéré et qu’on lui donnerait une autre chance de se faire justice. Et s’il n’en tient qu’à Zahabi, cette autre chance pourrait survenir dans une autre catégorie de poids.
« C’est une possibilité de descendre chez les 135 livres. Ce n’est pas que je pense qu’il ne peut pas bien faire chez les 145, mais je n’aime pas ça donner un avantage à l’adversaire avant même que le combat débute. À 135, c’est Yves qui va être le plus grand et le plus fort »
2. La première chose à laquelle j’ai pensé quand Lyoto Machida a sucé, à l’aide d’un formidable coup de pied, toute la vie qui animait jusque-là les membres de Randy Couture, c’est : « Merde. John Makdessi vient de se faire voler 129 000$ ».
Plus tôt, Makdessi était passé à “ça” d’être coffré pour homicide involontaire quand un coup de poing renversé de toute beauté a envoyé Kyle Watson aux portes du paradis. Étonnamment, Watson, un vétéran réputé pour son solide jiu-jitsu, avait décidé de confronter Makdessi sur son terrain de jeu. La stratégie, pour emprunter un gag à Pérusse, a eu toutes les caractéristiques d’une “pas la bonne”.

« Je ne pense pas qu’il avait vraiment le choix, a opiné Zahabi au sujet de la tactique douteuse de Watson. John n’est vraiment pas facile à amener au sol. Ça fait quatre ou cinq ans qu’on travaille très fort sur sa lutte et je trouve qu’il s’est vraiment amélioré, parce qu’il n’avait aucun background dans cette discipline avant. »
Et Zahabi ne s’inquiétait pas plus pour la santé du compte en banque de son protégé.
« Je suis pas mal confiant que le UFC va s’occuper de lui. Quand tu fais un bon show, ils sont vraiment généreux. »
Makdessi s’est maintenant donné en spectacle deux fois pour les caméras du UFC et je défie quiconque ayant assisté à ses deux performances de me dire qu’il n’en a pas eu pour son argent. Très hâte de connaître l’identité de son prochain adversaire.
3. Jason MacDonald s’était peut-être ennuyé de l’octogone, mais ça ne voulait pas dire qu’il avait nécessairement le goût d’en visiter tous les racoins. Passer une soumission en moins de deux minutes à un gars comme Ryan Jensen, qui n’est quand même pas le dernier venu, quand on a été éloigné de la compétition pendant près d’un an?
Impressionnant, je dirais.

Je me souviens que dans la semaine qui avait précédé le UFC 113, en mai 2010 à Montréal, MacDonald était probablement le plus rayonnant de tous les combattants à faire partie de la carte. Il attendait ce moment depuis plus d’un an, soit depuis qu’il avait été congédié par le UFC après deux défaites de suite.
Je me souviens aussi du découragement sur son visage quand il était passé devant la table des journalistes, escorté par ses entraîneurs après s’être fracturé une jambe au premier round de son combat contre John Salter.
Très heureux pour lui aujourd’hui.
4. Je crois que je me répète, mais Ivan Menjivar s’est avéré être une belle bouffée d’air frais à Toronto. Il a fait rigoler la galerie lors de la pesée, a gagné par K.-O. grâce à un retentissant coup de coude et a célébré sa victoire comme un gars qui profitait de chaque seconde du moment. Je retiens aussi la belle humilité dont il a fait preuve dans les entrevues qui ont suivi sa victoire.

Jusqu’à quel point pourra-t-il tester la division des 135 livres? Dans un classement très non-officiel, le site Fightmatrix.com le place maintenant au 28e rang mondial chez les poids coqs, un bon de 40 places. Que diriez-vous d’un duel avec Eddie Wineland? Ou encore contre Antonio Banuelos, qui vient de perdre contre le coéquipier de Menjivar, Miguel Angel Torres?
5. Vous êtes familier avec l’expression “ne plus se pouvoir” (comme dans la phrase ‘J’suis toute excitée, j’me peux pu’)? Bon. Moi, pour être honnête, je me pouvais pas mal en attendant le combat entre Claude Patrick et Daniel Roberts.
Sérieusement, Patrick est probablement le combattant le plus méconnu de la planète parmi tous ceux qui voguent sur une séquence de 13 victoires. Si on prend en plus en considération que les trois dernières ont été acquises avec le UFC, on peut dire que le gars à un CV intéressant.
Et il m’a franchement étonné au premier round. Il a pris ses trois victoires par K.-O. en carrière et il s’est lancé à la poursuite de Roberts. Il a tout fait pour l’achever, mais ça n’a pas fonctionné. Le reste du combat? Passons, svp. Mais c’est vrai, Patrick mérite qu’on commence à parler de lui.
6. J’ai vraiment eu l’impression que les derniers instants de la défaite de Sean Pierson se sont déroulés au ralenti. Quand il a reçu la gauche fatale de Jake Ellenberger, le Canadien s’est lentement retourné sur lui-même et avait commencé à pencher vers l’avant quand une droite de son assaillant est apparue pour terminer le travail.
Très agressif et très efficace avec sa boxe contre Matthew Riddle, je me suis questionné sur la passivité de Pierson contre Ellenberger. C’est sûr que la prudence s’impose quand on affronte un adversaire plus coriace, mais quand même...
7. Vous savez ce que j’aime encore plus que du bon vieux thrash-talk? Voir le gars qui thrash-talk se faire fermer le clapet quand son adversaire réplique avec ses actions plutôt que des menaces.
Après quelques minutes passées dans la même cage que Rory MacDonald, Nate Diaz n’avait plus grand-chose à dire. À part peut-être « J’ai mal au dos ».

Contrairement aux frères Diaz, MacDonald ne vendra jamais de billets avec sa personnalité. Mais croyez-moi sur parole quand je vous dis que d’ici quelques années, il sera celui sur qui comptera le UFC pour remplir ses arénas.
8. Sur le coup, je trouvais un peu sévère le pointage des juges, qui avaient tous rendu des cartes de 30-27 en faveur de Ben Henderson aux dépens de Mark Bocek. Mais après une deuxième écoute, je dois dire que je ne comprends pas trop la réaction de ce dernier, qui semblait encore croire en ses chances quand Bruce Buffer a annoncé qu’il y avait un gagnant par décision unanime.

C’est vrai, Bocek a eu ses moments. Au deuxième round, il a tenté un Anaconda et une guillotine qui lui ont sûrement permis de marquer des points. Au troisième, une grosse projection l’a sûrement aidé à attirer l’attention des juges. Mais en bout de ligne, il n’en a clairement pas fait assez pour l’emporter.
Je me suis posé cette question dans mon résumé de la soirée sur RDS.ca : Bocek a-t-il assez de talent pour espérer passer à l’autre niveau dans la très relevée division des poids légers? J’étais prêt à lui donner le bénéfice du doute après une défaite serrée contre Jim Miller et une soumission de la soirée contre Dustin Hazelett, mais plus maintenant.
9. Je n’avais rien à dire sur le combat entre Jason Brilz et Vladimir Matyushenko avant qu’il n’ait lieu. Ma position n’a pas vraiment changé aujourd’hui. Si ce n’est que j’ai bien aimé le call de Buffer quand il a annoncé la victoire du Concierge par Canuck-out.
Est-ce que j’ai bien entendu?
10. Quand on est assis aux abords de l’octogone, on a la vue obstruée par les caméramans, les photographes et les poteaux qui permettent à la cage... d’être une cage, finalement. On se retrouve donc plus souvent qu’autrement à fixer un écran géant pour voir ce qui se passe à cinq mètres de notre nez.
Mais j’avais les deux yeux rivés sur la cage dans les premières minutes du deuxième round entre Machida et Couture.
D’un côté du poteau : Machida et sa jambe gauche. De l’autre: Couture et la jambe droite de Machida. Sur sa gueule.
Et dire qu’après le premier round, les hommes de coin de Couture lui ont dit qu’il n’avait rien à perdre. Eh bien, il semblerait que oui : une dent.

J’aime bien Machida et ça me plaît de savoir qu’on le reverra avec le UFC, chose qui était loin d’être certaine en cas de défaite. Pour ce qui est de Couture, en toute honnêteté, je ne suis pas le sport depuis assez longtemps pour me sentir interpellé par toutes ses réalisations du passé.
Je vous renvoie donc la balle : que représente le Natural pour vous, amateurs de MMA?
11.Tiens, tant qu’à y être, une autre question. Comment ne pas aimer Mark Hominick?
La Machine est probablement le plus grand gagnant de la soirée de samedi, et ce même s’il a perdu. Ironique, hein?
C’est vrai, Hominick n’est pas plus champion aujourd’hui qu’il ne l’était la semaine dernière. Mais ce combat contre Aldo était probablement la vitrine dont il avait besoin pour passer du sympathique et résistant petit gars de Thamesford à vedette mondiale aux poches remplies d’argent.
Avec son cœur « gros de même », Hominick a réussi à passer à travers quatre rounds infernaux au cours desquels il a encaissé des coups de pieds qui auraient abattu un sequoia et qui lui ont valu une prune de la grosseur d’une tangerine dans le front. Le quatrième a certainement été son plus difficile et c’est justement ce qui rend sa performance au cinquième doublement impressionnante.

C’est vrai que le Rogers Centre n’a pas été aussi bruyant que bien des gens l’anticipaient pour cet événement, mais quand Hominick est embarqué sur Aldo et a commencé à lui planter son poing dans le visage, je vous jure qu’il a réveillé des vibrations que ce stade n’avait pas connues depuis le circuit de Joe Carter en 1993.

S’il y a un combat revanche qui ressort du UFC 129, ce ne sera pas Shields-St-Pierre. Ce sera Aldo-Hominick.
Et Mark, si le nom de votre petite fille n’est pas encore choisi, que dirais-tu de Josée?
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